La crise va bien, merci

Publié le par Milan

Qu'est-ce qui est plus médiatique que Barack Obama ? La crise, bien sûr, sujet n°1 de tous les journaux, de toutes les chaînes de télévision depuis de longs mois. Devant ce raz-de-marée médiatique, les Français s'angoissent et serrent leurs porte-monnaies, sans tout à fait comprendre d'où vient le problème. On répète que tout est la faute des "subprimes", c'est donc que ça doit être encore un sale coup des Américains.

"La crise la plus grave depuis 1929" : la formule est revenue sans cesse dans la bouche d'experts plus ou moins sérieux, et je parie qu'elle fait bien rire les victimes des crises les plus récentes : Mexicains (1994), Thaïlandais (1997), Russes (1998), Argentins (2001).  

A titre d'exemple, l'Argentine fut si durement touchée à l'époque que son gouvernement restreignit arbitrairement l'accès des citoyens à leurs comptes bancaires (limitation des retraits d'argent), avant de les confisquer totalement. Imaginez une seconde : votre banque vous explique que vous n'avez plus le droit de toucher à vos économies, et qu'elles vous seront restituées dans 10 ans ! En 2002, l'Argentine subira une récession de près de 12% de son PIB.

Crise psycholgique

Evidemment, en comparaison, nos lamentations pour 2 points de croissance perdus font pâle figure. En France (contrairement aux USA), les comptes bancaires ont reçu une garantie de protection du gouvernement. Personne ne risque encore de trouver sa banque fermée et ses comptes disparus. La crise en France est pour l'heure essentiellement une crise financière et une crise de confiance, donc hautement psychologique.

Le moral des Français, déjà champions d'Europe du pessimisme, ne va faire qu'aggraver la situation, en contractant la consommation. La situation est typique de ce qu'on appelle en économie une "prophétie auto-réalisatrice" : à force de médiatiser et d'anticiper la crise, on la facilite et l'amplifie.

En réalité, cette crise n'est pas plus grave que celles qui ont secoué les économies émergentes dans les années 90. Elle est juste plus dérangeante car c'est nous qu'elle atteint...


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