Thème

Un homme moderne, je veux bien !
Mais en quoi ça consiste, être un homme aujourd'hui ??

Jeudi 9 juillet 2009
Je n'aurais jamais dû m'abonner à tous ces magazines économiques (L'Expansion, Le Figaro, Challenges...) : je n'en peux plus de lire les exploits des grands dirigeants, ces héros modernes qui affrontent les périls de notre époque : marchés déchaînés, fusions géantes, OPA hostiles...

En effet, quand on parle de héros, on parle de super-pouvoirs qui provoquent l'admiration du commun des mortels. Et les grands patrons n'en manquent apparemment pas : "brillants", "charismatiques", "inflexibles", "visionnaires"... Quel talent ! Leur place au sommet de la hiérarchie semble donc bien justifiée par une sorte de supériorité innée.


A l'école

J'avoue, j'ai longtemps cru à cette fable. A l'école, on nous explique en continu que les meilleures places vont aux meilleurs, à ceux qui travaillent le mieux, selon une grande échelle du mérite qui rapporte des bonnes notes et des diplômes prestigieux. C'est le fameux "système méritocratique" français.

J'y ai cru. Ca m'arrangeait bien, d'ailleurs, puisque j'étais bon élève. Mais du coup, il m'a fallu pluesieurs années de vie quotidienne en entreprise pour finalement comprendre la réalité, et voir les choses telles qu'elles sont : les dirig
eants n'ont rien d'exceptionnel, et beaucoup sont mêmes remarquablement stupides.
 
Dans la plupart des cas, tout ce qui fait le dirigeant, c'est tout simplement le fait d'avoir le titre de dirigeant. Et pour avoir le titre, c'est un peu comme au Rotary Club, il faut être invité. Il faut faire partie du cercle, avoir le "badge". En l'occurrence, le badge du Triangle d'Or : Polytechnique - ENA - HEC.

Mais pas seulement. On ne devient pas associé d'un grand cabinet, ou administrateur de sociétés, juste parce qu'on a eu 19/20 au Bac et réussi sa petite prépa, ce serait trop facile...

J'en ai connu des Polytechniciens, des types formidables d'intelligence, mais qui ne dirigeront jamais rien. Ils ne possèdent ni la famille, ni le
s relations, ni le carnet d'adresses, ni les bons contacts, bref tout ce que Pierre Bourdieu nommait le "capital social" et qui compte infiniment plus que les titres scolaires.


Nommé patron

Par exemple, je me souviens d'un responsable administratif, un petit gros que le personnel semblait considérer comme un loser. A l'époque, il végétait dans un sous-ministère et ne m'avait pas laissé un grand souvenir.

Quelle surprise, quelques années plus tar
d, de le retrouver à la Une des journaux ! Repêché par le changement de majorité gouvernementale, il avait été nommé à la tête de France Telecom, et les journalistes le décrivaient comme un "brillant stratège".... Evidemment.

Pas étonnant, donc, que le fils de mon PDG, un jeune branleur de 25 ans spécialisé en Master boîtes de nuit, s'apprête à reprendre les commandes de l'entreprise, avec des notions de stratégie visiblement très vagues...

Ne te formalise pas, Milan : c'est la "méritocratie".



Par Milan
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