Un homme moderne, je veux bien !
Mais en quoi ça consiste, être un homme aujourd'hui ??
Pendant que les journaux sérieux commençaient à étudier les nouveaux projets du nouveau gouvernement, le magazine Voici, lui, faisait sa couverture sur la famille Sarkozy.
Une famille qu'évidemment je ne connaissais pas auparavant ; 5 enfants assez jeunes brutalement exposés à l'oeil des médias nationaux. Une famille assez typique, ma foi, je leur ai trouvé de bonnes têtes de bourgeois de Neuilly-sur-Seine.
Certes, les garçons avaient ces exaspérants cheveux longs "vintage" que les jeunes Parisiens, à court d'inspiration, ont repiqué aux années 70, certes les filles avaient l'air de jeunes divas du téléphone portable à forfait 80 heures par mois, mais bon, ils me semblaient bien représenter la famille française (une mère hystérique, des ados ingrats et un père stressé).
Sauf que, comme Voici le racontait avec moults détails, il s'agit
en fait d'une famille (multi) recomposée.
Et là, j'apprends avec surprise qu'en fait il y a deux enfants du précédent mariage de l'un, deux enfants du précédent mariage de l'autre, un petit dernier commun, et la femme qui s'est barrée avec un homme pendant que le mari se trouvait une autre femme, mais que finalement ils se sont remis ensemble... En bref, le bordel sentimental complet.
Alors oui, finalement, ils sont bel et bien typiques de la famille française, mais pas celle des bons clichés d'antan, avec ces épouses immuables (Danièle Mitterrand, Bernadette Chirac...) maintes fois trompées mais protégeant fermement les apparences.
Eh oui, il faut me rendre à l'évidence : le visage de la famille a énormément changé.
Quelques chiffres
Les statistiques du mariage (ou plutôt du divorce) sont calamiteuses. En 2005, près de 152 000 divorces contre 276 000 mariages, soit un ratio de 55% ! Plus globalement, 1 mariage sur 3 se solde par un divorce - près d'1 sur 2 en zone urbaine. Et encore, ces chiffres ne prennent même pas en compte les unions libres avec enfants, etc, etc...
Bref, je me retrouve dans une configuration sociale où mes chances d'union solide sont quasi inexistantes. Et ce n'est pas une perspective très rassurante, en fait.
Enfant des années 80, on m'avait présenté la banalisation du divorce comme un progrès social (on se souvient de ce film si symbolique, "Génial mes parents divorcent !"), un mouvement vers une plus grande liberté individuelle. Liberté de choisir ses partenaires, de garder une vie sentimentale active, liberté de changer à tout instant - bref, toutes les valeurs de mobilité, de flexibilité et de performance qui commençaient à s'imposer dans l'univers du travail étaient en train de devenir les normes de vie des individus, dans tous les domaines.
On avait sans doute négligé le fait que plus de liberté signifie également plus de solitude.
Et on n'avait sans doute pas prévu de passer d'un extrême à l'autre, de basculer vers "une société de kids" pour reprendre l'expression de Houellebecq, où l'on se comporterait à tout âge comme si on avait 16 ans : je suis plus in love, je te plaque, j'ai trouvé quelqu'un d'autre (sur internet). Je me remarie, je refais des mômes, je redivorce, les enfants tournent au fil des gardes alternées avec leurs demi-frères et leurs demi-soeurs.... et c'est le bordel.
Et moi, alors ? Que va-t-il m'arriver dans le futur ? Est-ce que je finirai par faire partie de ces pères précarisés par le paiement des pensions, qui ne voient leurs enfants qu'épisodiquement, et qui finissent chez le psy ou/et au bistrot ?
J'ai toute la puissance des statistiques de l'INSEE contre moi ; c'est donc loin d'être gagné.
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