Les poupées russes

Publié le par Milan

"J'ai repensé à toutes les filles que j'avais connues, avec qui j'avais couché ou même que j'avais seulement désiré. Je me suis dit qu'elles étaient comme des poupées russes. On passe sa vie entière à jouer à ce jeu-là, on est curieux de savoir qui sera la dernière, la toute petite qui était cachée depuis le début dans toutes les autres. On peut pas l'attraper directement, on est obligé de suivre un cheminement. Faut les ouvrir l'une après l'autre en se demandant à chaque fois: "Est-ce que c'est la dernière?"

Quand j'ai vu "l'Auberge Espagnole" de Cédric Klapisch, je rentrais tout juste de ma propre année d'études aux Etats-Unis. Le film m'a touché en plein coeur : tout ce que je voyais à l'écran, je l'avais vécu moi aussi. La colocation joyeusement bordélique avec plein de nationalités différentes, les amitiés profondes entre étudiants en exil, la petite amie restée en France... la sensation de vivre entre deux pays, entre deux mondes...

 

Ce film m'a surpris tant il était proche de mon expérience personnelle. Et bien plus largement, de nos expériences personnelles à tous, nous, la "génération Erasmus". J'ai rencontré de nombreux étudiants, Français ou étrangers, ayant vécu cette période si particulière et si marquante dans un autre pays, quel qu'il soit ; tous se reconnaisaient unanimement dans ce film.

 

Ce qui m'a impressionné chez Klapisch, c'est son talent pour capter le "Zeitgeist", l'esprit de l'époque, et pour incarner en personnages "vrais" un phénomène qui jusqu'ici n'était qu'un sujet politique et statistique - alors qu'il commençait à prendre de l'ampleur et à modeler toute une génération d'Européens. Une vague nouvelle de jeunes gens qui ont vécu l'Europe, pas seulement comme un concept politique un peu abstrait. Et cela contribuera sans doute plus tard à faire évoluer grandement les mentalités, quand ces jeunes-là auront atteint les postes de pouvoir politique et économique. Car ils sauront véritablement, pour l'avoir ressenti au plus profond d'eux-mêmes, ce que c'est d'"être un Européen". Pour eux, les pays d'Europe, ce ne seront pas des formes sur une carte, mais des visages amis, des souvenirs et des émotions.

 

Avec "Les Poupées russes", Klapisch réunissait à nouveaux ses acteurs pour explorer les déboires de Xavier, devenu entre-temps trentenaire, un peu précaire, un peu bohème, un peu "en vrac". Un jeune homme typique de sa génération, post-ado à peine mûri, qui tente de comprendre les nouvelles règles de la vie et de l'amour dans les années 2000.

 

Là encore, je me reconnais souvent dans ce personnage. Son côté hésitant, pas sûr de la vie, encore un peu rêveur, c'est comme un miroir. C'est le mec normal, lambda, typique, représentatif, des 25-30 ans. Et ses interrogations incesssantes, sur lui-même et sur le monde, cela faisait écho à mes propres réflexions et à mon blog, moi qui voulais tant explorer "ce qu'il y a dans la tête d'un mec, de nos jours".

 

J'adore ces monologues intérieurs, ces questions qu'il se pose. Combien de films nous emmènent ainsi dans les pensées d'un personnage ? Tellement peu... D'habitude, dans les films trop commerciaux aux scénarios huilés d'avance (notamment les grosses productions américaines) les intrigues se déroulent de façon monocorde, sans grande surprise intellectuelle ; ils ressemblent, comme le disait Kundera, "à une rue étroite, le long de laquelle on pourchasse les personnages à coups de fouet."

 

Dans ces deux films, il y a cette touche authentique et intelligente, qui donne une vraie dimension humaine au film. Du coup, ça ne m'a pas surpris d'apprendre que le réalisateur de "Magniolia", autre film particulièrement intelligent et touchant, soit lui aussi fan des films de Klapisch.  

 

 

Publié dans 1mec1fille

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femme slave 08/01/2013 14:43


très beaux films en effet !

jolie slave 05/10/2012 15:50


je n'ai pas encore vu les poupées russes, mais j'ai beaucoup apprécié l'auberge espagnol !

rencontre femme russe 14/09/2012 15:46


très bonne critique, et bravo pour ton blog !

Milan 20/01/2007 20:28

Merci, c'est gentil !

twingocerise 12/01/2007 10:13

très bon critique du film... j'ai ressenti la même chose que toi et je me suis reconnu dans ton analyse... c'est drôle, tu pratique avec brio la mise en abyme (figure de style fort agréable dans ce contexte)...Je reviendrai te lire :)