Jeudi 9 juillet 2009
4
09
/07
/2009
06:17
Je n'aurais
jamais dû m'abonner à tous ces magazines économiques (L'Expansion, Le Figaro, Challenges...) : je n'en peux plus de lire les exploits des grands dirigeants, ces héros modernes qui
affrontent les périls de notre époque : marchés déchaînés, fusions géantes, OPA hostiles...
En effet, quand on parle de héros, on parle de super-pouvoirs qui provoquent l'admiration du commun des mortels. Et les grands patrons n'en manquent apparemment pas : "brillants",
"charismatiques", "inflexibles", "visionnaires"... Quel talent ! Leur place au sommet de la hiérarchie semble donc bien justifiée par une sorte de supériorité
innée.
A l'école
J'avoue, j'ai longtemps cru à cette fable. A l'école, on nous explique en continu que les meilleures places vont aux meilleurs, à ceux qui travaillent le mieux, selon une grande échelle du mérite
qui rapporte des bonnes notes et des diplômes prestigieux. C'est le fameux "système méritocratique" français.
J'y ai cru. Ca m'arrangeait bien, d'ailleurs, puisque j'étais bon élève. Mais du coup, il m'a fallu pluesieurs années de vie quotidienne en entreprise pour finalement comprendre la réalité,
et voir les choses telles qu'elles sont : les dirigeants n'ont rien d'exceptionnel, et beaucoup sont mêmes
remarquablement stupides.
Dans la plupart des cas, tout ce qui fait le dirigeant, c'est tout simplement le fait d'avoir le titre de dirigeant. Et pour avoir le titre, c'est un peu comme au Rotary Club, il faut être
invité. Il faut faire partie du cercle, avoir le "badge". En l'occurrence, le badge du Triangle d'Or : Polytechnique - ENA - HEC.
Mais pas seulement. On ne devient pas associé d'un grand cabinet, ou administrateur de sociétés, juste parce qu'on a eu 19/20 au Bac et réussi sa petite prépa, ce serait trop facile...
J'en ai connu des Polytechniciens, des types formidables d'intelligence, mais qui ne dirigeront jamais rien. Ils ne possèdent ni la famille, ni les relations, ni le carnet d'adresses, ni les bons contacts, bref tout ce que Pierre Bourdieu nommait le "capital social" et
qui compte infiniment plus que les titres scolaires.
Nommé patron
Par exemple, je me souviens d'un responsable administratif, un petit gros que le personnel semblait considérer comme un loser. A l'époque, il végétait dans un
sous-ministère et ne m'avait pas laissé un grand souvenir.
Quelle surprise, quelques années plus tard, de le retrouver à la Une des journaux ! Repêché par le changement
de majorité gouvernementale, il avait été nommé à la tête de France Telecom, et les journalistes le
décrivaient comme un "brillant stratège".... Evidemment.
Pas étonnant, donc, que le fils de mon PDG, un jeune branleur de 25 ans spécialisé en Master boîtes de nuit, s'apprête à reprendre les commandes de l'entreprise, avec des notions de stratégie
visiblement très vagues...
Ne te formalise pas, Milan : c'est la "méritocratie".
Par Milan
9
-
Recommander
Ne t'énerve pas, ne t'énerve pas !
C'est vrai qu'il suffit souvent d'être bien entouré pour réussir et c'est pas près de changer.
Oui, quelle surprise ce jour (ces années...) où l'on découvre qu'être bon élève, compétent ou méritant ne suffit pas...Ce fut ma première colère envers mes parents, "ils m'ont mentis", où plutôt ils ont transmis une idée qui n'avait plus cours. Nous sommes tous, à un moment ou un autre dépassé par l'évolution...
Ce qui me chagrine, c'est qu'à présent un trentenaire est déjà dépassé par sa propre génération...
Merci pour votre blog, des propos simples et fins.
En effet nos parents ne sont pas coupables, mais ils nous ont sans doute transmis malgré eux une idée qui n'avait plus cours...
A l'époque, ils se sont battus pour changer le système scolaire, et maintenant avec 80% d'une classe d'âge qui décroche le Bac, on découvre que les diplômes sont proportionnellement dévalués.
C'est dur à avaler pour tous ces diplômés qui ont tant du mal à trouver un travail.
Le patron est l'incompétent par excellence ! ^^
Sympa de te lire à nouveau Milan ;-)
sorry