Un homme moderne, je veux bien !
Mais en quoi ça consiste, être un homme aujourd'hui ??
Clara est
attablée face à moi, elle me pose la question d'un air inquiet. Elle m'explique qu'en faisant du rangement dans les fichiers de l'ordinateur conjugal, elle est tombée sur plusieurs videos
pornos.
Je touille mon verre bêtement. Je cherche à gagner du temps, car je ne sais pas quoi lui répondre. Elle est visblement
troublée, dans son regard je sens de la colère et de l'incompréhension.
Tous les mêmes
Est-ce à moi de lui expliquer l'évidence ? Tous les mecs regardent ou ont regardé du porno. Seules les doses et la fréquence diffèrent, selon l'âge et la situation de couple, je
suppose. Son mec ne fait pas exception juste parce que c'est son mec à elle.
L'ère industrielle
Une chose est sûre : l'explosion du porno est récente, elle date des années 70 à peu près, et cette branche atteint peu à peu un stade industriel
développé. Il y a d'abord eu l'apparition du magnétoscope, qui a permis le formidable boom du commerce de videos porno.
Mais le grand tournant, au milieu des années 80, a été la révolution Canal + : la première chaîne payante avait besoin de nouveautés radicales pour réussir son lancement : place donc à des exclusivités cinéma, à des dizaines de matches de foot... et au fameux film porno le premier samedi du mois !
Ca paraît banal aujourd'hui, mais à l'époque, ça a fait scandale... Pour la première fois, du porno hard passait à la TV, chez soi... accessible à tous ! Je peux vous dire que ça a été la fiesta chez les adolescents, parce que croyez-moi, ils en ont profité !! La combinaison fatale magnétoscope + décodeur dans une famille, c'était l'assurance que votre petit garçon allait se gaver de films de cul et en faire profiter tous les copains d'école. D'autant plus qu'il était souvent le seul de la maison à savoir programmer un enregistrement différé...
En même temps, il s'est produit un phénomène assez bizarre : en devenant un produit de "grande consommation", le porno s'est discipliné. Canal + a vite imposé à ses fournisseurs un code de conduite assez strict sur le contenu. Des bites et des chattes, OK, mais avec des standards de qualité : peaux roses, acteurs et actrices jeunes et en bonne santé, seins en silicone 90D et érections de 25 cm minimum. On se serait cru dans une ferme d'élevage.
Le porno devenait un spectacle standardisé comme un MacDo. Aujourd'hui, ça s'apparente beaucoup au patinage artistique, je trouve : même dégaine faussement apprêtée, même sourire stupide dans l'effort, les acteurs et actrices suent le long de leur programme imposé : d'abord la pipe, puis un cunnilingus quand le scénario le permet, ensuite la pénétration vaginale, puis on passe en levrette, avant d'enchaîner sur la sodomie devenue passage obligatoire, et on finit par une éjaculation faciale. Ouf ! la boucle est bouclée, bravo, les artistes se retirent essouflés en saluant, quelle belle performance, n'est-ce pas Nelson Montfort ?
Le parcours est bien balisé, il n'y a pas de surprises.
Deuxième phénomène, mais ça c'était fatal : avec le passage à l'industrie de masse, les actrices de porno allaient devenir des stars médiatiques. La Cicciolina se permettait de faire campagne
électorale en Italie, et Tabatha Cash de diffuser sa grande science de la vie sur les ondes de Skyrock.
Aujourd'hui, Clara Morgane est une star, une véritable licence commerciale. Si son nom ne vous dit rien, désolé, vous êtes à la masse. Avec son air de jeune fille comme il faut au regard coquin, son passé (à 25 ans) de star du porno, ses acrivités lui rapporteraient environ 25 000 euros mensuels, estime le journaliste de Libération Emmanuel Poncet, qui retrace son parcours :
L'univers du X ne l'impressionne pas. «Je m'attendais à voir
des tarés, des obsédés, des drogués. Ce sont juste des gens normaux qui vivent du sexe.» Sa beauté nature et son sens de la repartie lui ouvrent rapidement les plateaux télévision.
Christophe Dechavanne la lance. Bientôt suivi par Ardisson, Courbet, Fogiel et même Drucker. Succès fulgurant : «Je suis passée du statut d'étudiante en BTS qui mendie des stages à PDG de ma
propre boîte.»
Mais ce qui me pose problème, moi, ce ne sont pas les gros revenus des uns ou des autres. C'est l'image qu'on propose aux jeunes ados, une image "MacDo" de la sexualité, gavée de clichés
bêtes :
- une bite doit faire 30 cm
- un mec doit bourriner pendant 1 heure minimum
- la fille doit crier sur deux octaves
- il faut ejaculer sur la tronche des filles pour boucler le rapport
- les filles aiment les partouzes
etc, etc...
A vrai dire, je ne sais pas exactement ce que les jeunes de 12-15 ans pensent du porno, quelles traces ça leur laisse, à quel point cela les influence
vraiment.
Une chose est sûre : le porno est totalement déconnecté de ce qu'ils vont vivre avec leur copine, et ils risquent de se perdre dans cette imagerie avant de trouver vraiment la voie de leur sexualité. Parce que c'est compliqué, une sexualité d'homme, très compliqué. Avant d'être bien et de se faire plaisir, il faut apprendre se libérer toutes les bêtises qu'on croyait essentielles : est-ce que j'ai une grosse bite, combien de temps je tiens, est-ce que je suis performant...
De ce point de vue, le porno est une très mauvaise chose. Mais qu'ont-ils d'autre pour apprendre ?? Qu'est-ce que les adultes leur proposent ?
Derniers Commentaires