Thème

Un homme moderne, je veux bien !
Mais en quoi ça consiste, être un homme aujourd'hui ??

Jeudi 16 mars 2006 4 16 /03 /2006 18:00

Vous avez beaucoup réagi à ma phrase, la dernière fois, qui disait que les artistes sont des "improductifs subventionnés". Ca m'est venu tout naturellement... n'allez pas en déduire que je prône l'euthanasie des artistes ! Par contre, les foutre de force dans des camps de travail pourrait être une voie à explorer.....


Par "improductifs", je voulais dire "qui se situe en dehors de la sphère de production". Par définition, et les artistes le revendiquent eux-mêmes, ils sont le moins possible insérés dans la société de production / consommation. Leur but est justement de "sortir du monde" pour proposer une autre vision de la vie et de l'humain.

Ils n'ont donc pas du tout l'intention de participer à la production commune et de contribuer au confort matériel de la société ; logique, quand même, pour des gens qui ne sont pas matérialistes.

 

Par "subventionnés" je voulais rappeler que ces gens-là, comme les autres, il faut bien qu'ils bouffent. Il faut bien que quelqu'un, quelque part, leur verse une rémunération. Or pour cela, il n'existe que deux possibilités :

- soit l'artiste se soumet aux règles du marché et tente de vendre son art, comme un produit, dans des conditions de concurrence. C'est le cas notamment des chanteurs

 

- soit l'artiste bénéficie, sous une forme ou sous une autre, de subventions (du Ministère de la culture, de fondations, de commandes publiques, etc...). Autrement dit, une fraction de l'argent public est consacrée à faire vivre une frange de population refusant délibérément de produire. A faire vivre des artistes qui autrement disaparaîtraient, faute de moyens. Exemple-type : le cinéma d'auteur à la française. 

 

Et là, moi je me pose forcément la question : si ce n'est pas le public qui choisit les oeuvres et les artistes, alors ce choix ne devient-il pas forcément arbitraire, dictatorial ?  

 

L'avantage du fonctionnement marchand, c'est que chaque produit est directement confronté à son utilité : si quelqu'un en a besoin, en veut, alors son producteur pourra continuer. Si personne n'en veut, alors il disparaît forcément. 

 

Mais dans le petit monde de l'art, ce n'est pas le cas, car tout est faussé : les choix se font de façon complètement opaque, à l'intérieur de l'establishment artistique, et ceci sur les fonds publics.

Qui juge ? Qui ?

Qui décide que l'art, c'est un concert de John Cage, qui en 1952 en posait ses mains sur un clavier de piano pour 4,33 minutes de silence ? Qui décide que cela vaut d'être subventionné, et que les peintures abstractionnistes faites de merdes de chien réalisées par mon voisin Robert seront oubliées ?

Ce sont des commissions, des directoires de musée, des conservateurs, qui font en réalité la même chose sur l'art que les financiers de Wall Street : ils achètent, ils revendent, ils spéculent. Mais sur des fonds publics.

 

Exemple : le Ministère de la Culture dépense environ 5 millions d'euros par an pour entretenir la Villa Médicis, résidence de luxe à Rome, et y entretenir grassement pendant 6 mois à deux ans des artistes triés sur le volet par une commission toute-puissante. Aucun travail n'est exigé des artistes résidents (à par un rapport de stage de 2 à 10 pages), qui perçoivent en plus du gîte et du couvert des rémunérations d'environ 2000 à 4000 euros par mois... 

Si ce n'est pas être un improductif subventionné, ça ! 

 

 

J'ai l'impression que le monde de l'art est totalement parti en couille, avec tout en haut une sorte de cénacle, de microcosme jet-set où l'art n'est destiné qu'à impressionner la poignée de critiques influents des grands magazines - eux-mêmes ne pensant qu'à justifier leur présence par des dissertations jésuitiques sur l'hyperbolique abstraction du néo-abstractionnisme, avant d'aller se faire un rail de coke et une partouze.

Et en bas de l'échelle, toute une tripotée de paumés qui vivotent en espérant un jour être reconnus par le microcosme et acceptés, comme Basquiat. Une fois dedans, ils pourront cracher dans la soupe ; mais tant qu'ils crèvent la misère, tout le monde s'en fout.

Comme l'écrivait si bien Nathalie Heinrich, le monde de l'art moderne est surtout caractérisé par la "fuite en avant des artistes condamnés à la transgression perpétuelle au nom de la subversion artistique, démission des institutions se refusant à jouer leur rôle au nom de l'ouverture à la modernité, désarroi des amateurs d'art ne sachant plus quoi ni comment admirer, révolte impuissante des citoyens démunis des critères au nom desquels la collectivité agit en leur nom." 

 

Je n'ai pas grand-chose à ajouter... j'aimerais que le microcosme cesse de choisir ce qui est art (et ce qui ne l'est pas), et que les "spectaculaires imposteurs" cessent de prospérer. On peut toujours rêver...

 

 

Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
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