Un homme moderne, je veux bien !
Mais en quoi ça consiste, être un homme aujourd'hui ??
Au tout début, un "mannequin" c'était une pièce de bois un peu sculptée, sans tête, destinée à exposer des vêtements à vendre sur les foires et les marchés.
De nos jours, les mannequins sont partout, dans les magazines même les plus sérieux, à la TV, dans le metro, dans mon bus, sur mon paquet de céréales, j'en vois des centaines par jour ! Mais dans le fond les fonctionnalités n'ont pas tellement changé : ça sert toujours à vendre des objets, et il n'y a toujours pas de tête.
Voilà un métier étrange, mené par une drôle de caste... Ces femmes (et quelques hommes) à peine plus jeunes que moi, sont tout simplement payés pour être beaux
Autant dire qu'ils ne font rien, quoi. C'est ça, leur job ? Ils perçoivent une rente parce qu'ils sont nés avec un visage et un corps pile dans l'esthétique de l'époque ? Je ne parviens pas à comprendre pourquoi la société décide ainsi de sélectionner quelques-uns de ses éléments et de les placer dans une situation privilégiée juste pour leur physique... quel genre de rite est-ce là ?
L'offre, la demande, tout ça
D'un point de vue économique, c'est une franche aberration :
Tout système tend à rémunérer en premier lieu les individus qui composent sa sphère productive : agriculture, industrie de base, énergie... des besoins les plus basiques de la société jusqu'aux plus évolués, chaque secteur trouve sa place avec un potentiel de profit plus ou moins élevé, selon les jeux du marché et de la politique.
A l'extérieur de la sphère, juste à la frange de la société, on trouve les "improductifs subventionnés" : ils n'apportent aucune contribution à la marche de la société ou à son confort matériel, et ne sont pas obligés d'être utiles pour pouvoir manger : la sphère productive leur reverse une partie de ses profits pour leur permettre de continuer à exister. On trouve dans cette frange les handicapés mentaux et les artistes.
Les top-models, eux, sont entièrement dans la sphère économique et sont soumis aux lois du business, mais en réalité, ils sont totalement inutiles ! Ce sont des improductifs cachés à l'intérieur du système !!
J'ai posé la question récemment à une amie, chef de produit pour une grande marque de cosmétiques, qui m'a raconté :
" Le monde des top-models, c'est n'importe quoi ! Quand je veux 'shooter' un parfum pour lancer une campagne, je suis obligé de dépenser des centaines de milliers d'euros juste pour 3 photos d'une nana qu'on va de toute façon retoucher complètement sur Photoshop.
Le photographe gagne une fortune pour quelques clichés, il s'entoure de dizaines d'assistantes et d'une coach artistique personnelle, il y a même des 'maquilleuses ongles' à 500 euros la journée !!
Bien sûr qu'on pourrait se passer de tout ce cirque, mais c'est sacré, comme une tradition religieuse, et aucune grande marque ne voudrait prendre le risque de se fâcher avec le microcosme de la mode. "
Dommages collatéraux
Que le microcosme des mannequins vive, comme une colonie de parasites, sur le dos des fabricants et des consommateurs, à la limite, ça pourrait être admissible.
Le gros problème, pour moi vient du fait que cette mini-industrie, cette colonie, a des effets néfastes sur le reste de notre écosystème :
1) Elle dévaste les mannequins elles-mêmes, des filles de plus en plus jeunes et de plus en plus fragiles. Un mannequin qui tente de faire carrière aujourd'hui est repérée dès 14-16 ans, souvent même avant. Devant les rêves de gloire, d'argent, de reconnaissance, ces filles et leurs familles sont souvent prêtes à sacrifier leur vie.
Vivian Diller et Jill Muir-Sukenick, deux psychologues qui se sont penchées sur les problèmes liés à cette industrie (étant elles-mêmes passées par là), l'ont bien décrit : les jeunes modèles sont aspirées par ce monde avant l'âge adulte, et cette vie hors du réel "gèle" leur maturité.
Pour ces adolescentes séparées de leur famille, l'agence de mannequins devient le vrai parent, et les filles développent un lien très fort sans voir qu'il doit s'agir d'une relation purement commerciale. De leur côté, les agences isolent et maternent leurs modèles... jusqu'à ce qu'elles rapportent moins d'argent.
2) Elle pollue la vie de toutes les femmes normales, qui lisent leurs magazines et culpabilisent en permanence de ne pas ressembler aux sacs d'os de 16 ans qu'on leur propose (impose ?) comme modèles. Modèles qui n'existent même pas d'ailleurs, puisque créés par ordinateur.
La dynamique du désir est terrible : quand nous regardons ces photos, nous les prenons pour réelles, et nous comparons inconsciemment avec notre propre image de nous. La perfection retouchée sur papier glacé, dans un décor de rêve, ne peut avoir qu'un seul effet : la lectrice se sent en infériorité, narcissiquement blessée, et va donc tout faire pour améliorer son image et la pousser vers cet idéal. Impossible à atteindre. D'où la souffrance quotidienne de toutes les femmes qui luttent pour perdre du poids, perdre des rides, perdre des fesses, etc...
Bien sûr, c'est positif d'être en forme et de se faire belle. Mais quand ça vire à la culpabilité permanente... Vous vous souvenez de ce passage dans Bridget Jones où elle réalise soudain qu'on se nourrit, au fond, pour vivre ? parce qu'à force de régimes, de luttes, d'envies, de craquages, la bouffe était devenue pour elle une telle phobie permanente (combien de calories) qu'elle en avait oublié pourquoi on mangeait...
Un jour peut-être
Je ne pense pas que l'exploitation de la beauté et du sexe pour vendre des produits va cesser bientôt. Aucun espoir, au contraire. Je sais que même pour me vendre une éponge à vaisselle on me présentera des jeunes femmes canon court vêtues dans des poses quasiment pornographiques. On s'y fait, ça devient banal.
Alors tout ce que je souhaite, c'est que dans le futur les top-models seront devenus entièrement virtuels... des créatures informatiques imaginaires. J'espère que tout ce petit microcosme parasitaire du fashion business mourra lentement de faim, comme une espèce en voie de disparition.
Qu'on ne verra plus de jeunes filles de 14 ans devenues anorexiques pour espérer "faire carrière". Qu'il n'y aura plus de "découvreuses de talents de 12 ans" rapaces qui arpenteront les rues des villes de l'Est. Que ce drôle de "métier", qui consiste à s'allonger devant un appareil photo, disparaîtra dans les oubliettes de l'Histoire.
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