Thème

Un homme moderne, je veux bien !
Mais en quoi ça consiste, être un homme aujourd'hui ??

Mardi 21 février 2006 2 21 02 2006 18:00

Scène ordinaire en banlieue : une dizaine de mecs jouent sur un terrain de foot. Deux racailles arrivent, et s'incrustent pour jouer (pas poliment). Au bout de quelques minutes, ils commencent à provoquer, à insulter des joueurs, à vouloir se battre. Un mec se décide à leur dire "c'est bon, calmez-vous, maintenant" - ca va donc tomber sur lui, il se prend un coup de tête, tombe au sol et se prend un coup de pied dans le visage.

Les deux racailles quittent le terrain, plutôt fiers d'eux ("j'lui ai défoncé sa race"). Les 10 mecs "normaux" n'ont pas bougé, sauf pour amener ensuite le blessé à l'hôpital.

 

Oui, une scène ordinaire en banlieue...

Non écrite, la loi des racailles repose sur l'intimidation : on va choper une victime, et si c'est pas toi, t'as intérêt à fermer ta gueule, et tu passeras peut-être à travers. A force de prendre les transports en commun, j'ai pris l'habitude de ces chroniques de la lâcheté ordinaire : quand tu te fais agresser dans le metro et que personne ne bouge un doigt, quand une fille se fait draguer par un lascar collant, menaçant et que personne ne vient l'aider, ou même quand une bande de petits connards de 14 ans met sa sono rap trop fort et que tout le monde s'écrase...

 

Emeutes

 

J'ai le sentiment que depuis les émeutes de cet hiver, les racailles marchent dans la rue avec encore plus d'assurance : "on vous a montré de quoi on est capables, maintenant ; vous pouvez flipper, parce que bientôt on va prendre le pouvoir".

Ils en sont bien conscients, et les citoyens aussi : la prochaine fois que la rage générale explosera (suite à un meurtre, une bavure policière, un contrôle qui tourne mal...) les racailles ne se contenteront pas de brûler le bas de leur immeuble, ils iront ravager les pavillons, les quartiers bourgeois, l'intérieur de Paris et tous ces endroits où les bons citoyens se sentent en sécurité, loin des ghettos.

 

C'est devenu facile, dans ce climat, de jouer la racaille. Il suffit de mettre le déguisement consacré (baskets, casquette ridicule, jogging Lacoste et démarche de pingouin) de faire son regard de méchant, et de traîner avec quelques potes ; cela suffit à être craint des braves gens, à se faire respecter pour pas cher.

 

L'exemple qui m'a le plus frappé : un jour dans le RER, je vois tout le monde se tasser à l'arrière du wagon parce qu'à l'avant, un groupe de jeunes bruyants et irrespectueux entourent un gros pitbull à l'air menaçant. Ca sent un peu la gêne et la peur dans le wagon.

Pour sortir, il faut passer au milieu de la bande, c'est déjà une petite épreuve de force. Et soudain, au milieu de ces racailles, je reconnais un élève de 16 ans à qui je donne des cours particuliers de maths (!)

Encore jeune, il est deja assez costaud, mais je le connais bien : il est issu d'une bonne famille bourgeoise, d'origine algérienne, et à la maison il ne dit pas un mot de travers à sa mère, qui l'élève avec autorité. Un petit bourgeois de pavillon, déguisé en grosse racaille à pitbull !!

 

Racisme inversé

 

Oui, l'image de la racaille est bien pratique, il suffit de l'emprunter pour faire peur. Et à ce petit jeu-là, question de crédibilité, il vaut mieux ne pas avoir une tête de Blanc.

En quelques décennies, le racisme anti-Blancs s'est développé et à pris une ampleur inquiétante, parce qu'il est plus diffus et plus subtil que le racisme "classique", envers les minorités (arabes ou africaines le plus souvent). Pourquoi ? Parce que les politiques, les journalistes, les intellectuels de gauche ne sont pas confrontés à cette haine banalisée, étant bien à l'abri dans les quartiers chics, où la densité policière est bien supérieure à la moyenne. Parce qu'on méprise facilement cette "France d'en bas", en la caricaturant comme une assemblée de Bidochons xénophobes. Mais moi, pour être né et avoir grandi en banlieue, je n'accepte pas les discours-clichés-bien-pensants, qu'ils soient de droite ou de gauche, des gens qui n'y ont jamais mis les pieds.

 

Dans les cours de récré, l'image du petit Blanc trop bourgeois, trop faible et tout seul, victime toute désignée pour le racket, a pris une telle dimension que Jamel Debbouze en avait fait un sketch nauséabond, et qui avait pourtant beaucoup fait rire ("hé Gregory viens un peu par ici, vazy t'inquiète pas j'vais pas te frapper"). Une image à laquelle les jeunes font tout pour échapper : combien de fois ai-je vu des petits Français ou même Asiatiques parler à moitié arabe avec l'accent racaille ??

 

Ce sont des scènes ordinaires en banlieue : racisme généralisé, lâcheté, stupidité, violence gratuite. Chroniques de la vie quotidienne.

 

j'aimerais voir brûler Panam au napalm sous les flammes façon Vietnam
tandis que ceux de ton espèce galopent (...)
J'ai envie de dégainer sur des f.a.c.e.s. d.e. c.r.a.i.e
(Ministere Amer)

Et sur mon palier, ça sent que l'maffé, le couscous ou l'tiep
En tout cas pas l'porc ou bien l'cassoulet
Comme chez les gens chez qui jvais cagoulé...
(Lunatic)

Quand le maquereau prend le micro, c'est pour niquer la France
Guerre raciale, guerre fatale oeil pour oeil dent pour dent
(Smala)

Les keufs sont lynchés, enfin, ça soulage,
Faut que Paris crame
Ce soir à mort Le Pen, On redémarre la guillotine, pire qu'à Djibouti
Poitiers brûle et cette fois-ci, pas de Charles Martel
On vous élimine, puisque que c'est trop tard
La France pète, J'espère que t'as capté le concept
(Salif)

 photos : Associated Press

 

 

Liens :
Le manifeste de Bruno Gheerbrant
Gaston Kelman interviewé par L'Internaute
L'émission Arrêts sur Images (La Cinquième)
Controverse autour de l'appel de Kouchner et Finkielkraut

 

Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
Ecrire un commentaire - Voir les 43 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus