Les boîtes de nuit, la jungle au masculin

Publié le par Milan

Ne nous voilons pas la face : nous, les mecs, lorsque nous allons en boîte, c'est clairement pour serrer. Les filles, quand vous vous pomponnez, que vous vous faites belles, je ne sais pas au juste à quoi vous pensez...

Probablement à passer un bon moment, à vous éclater entre copines, à accepter quelques verres et quelques compliments... ? Est-ce que vous vous dites souvent "putain ce soir je vais m'en baiser un, allez, on y croit ! Confiance, technique et précision. Comme un péno, hein..."

Parce que côté mecs, c'est ça. Serrer, serrer, serrer... "statistiquement, si j'ai un succès de 10%, ça veut dire qu'il faut que j'aborde au moins 10 filles ce soir pour espérer en choper une". C'est avec ce mélange de stakhanovisme, d'entrain et de résignation que le mec part en boîte (the night-club, yeah).

 

Mais ce n'est pas si facile. Une fois l'entrée payée, la musique devient assourdissante, et pam ! tu es plongé dans... la jungle. La nature à l'état sauvage. Des mâles, des femelles, l'air est saturé de désir et de sueur. Le bruit couvre toute conversation, or la conversation, c'est tout ce qui nous séparait encore des chimpanzés bonobos (Pan paniscus) ou des orangs-outans. La boîte nous ramène aux temps oubliés de la meute, où le mâle danse et s'agite sous le nez de la femelle, qui vaporise discrètement ses phéromones dans l'air moite.

Aux temps où le mâle le plus fort, le mâle alpha, pousse ses congénères, montre les muscles et les dents quand il faut, afin de s'imposer et de bouffer avant les autres, tout en se tapant les femelles qu'il choisit (un rôle de nos jours assez bien repris par les videurs et les membres de la boîte, avec le T-shirt "staff" en guise de cul de babouin).

 

Dans cette jungle hurlante, la survie est difficile. Les filles sont belles, mais elles sont sur-sollicitées. Une boîte de nuit, pour une jolie fille, c'est un peu comme faire son shoppping dans un souk égyptien : tout le monde lui saute dessus et l'agrippe, et l'attire, pour essayer de lui vendre quelque chose : un verre, une bouteille,  un tour gratuit dans une décapotable... Pour draguer en boîte, à mon avis la préparation idéale, c'est un BTS Force de vente.

 

Et puis, vous, le mec banal, ou mâle lambda, vous n'êtes pas le bienvenu. Vous payez l'entrée au prix fort (alors que le meilleur client, au fond, c'est vous). Si vous vous amenez tout seul à l'entrée, vous vous faites éjecter par le videur, un gros mastodonte avec une minsucule oreillette qui ne vous accorde même pas un regard. Vous avez presque envie de lui foutre une baffe, mais comme ses 12 acolytes ont le même gabarit, vaut mieux oublier l'idée. Vous n'êtes pas le bienvenu. Si vous voulez rentrer, il faut amener des filles.

- Mais c'est débile, si je paye 20€ pour aller me faire dessouder les tympans, c'est pas pour le plaisir, c'est justement pour en trouver à l'intérieur, des filles !!

- Monsieur, sans accompagnement vous ne rentrez pas, c'est tout.

- Mais enfin vous êtes borné ou quoi ? Au restaurant, vous ne venez pas avec votre propre bouffe, quand même ? Sinon où est l'intérêt ?? Vous pensez bien que si j'avais des filles qui voulaient passer la nuit avec moi, je serais déjà sous ma couette à cette heure-ci, au lieu de me geler les burnes à faire la queue devant votre boîte de merde !

N'insistez pas, vous n'êtes pas le bienvenu dans la jungle : personne n'est le bienvenu dans un endroit où le but est de bouffer l'autre. De toute façon, 99,5% du temps, vous rentrerez de boîte complètement bredouille ("brocouille, comme on dit dans le Pouchonnois...").

 

Les boîtes de nuit doivent mourir

 

Cela pose quand même de sérieuses questions quant à la viabilité du modèle de la boîte de nuit. Comme le dit Grrr dans son commentaire sur mon article précédent : "Le problème pour rencontrer des filles ouverte à la rencontre, c'est qu'il faut bien souvent aller dans un lieu bien précis, voir obligatoire; discothèque, etc. Et encore, certaines y vont juste pour danser... Dans la rue, ça me semble plus dur car la fille est en mode "vigilance maximum". Le top serait un lieu où les choses soient claires, on viens pour rencontrer des gens, et plus si affinité. Sur le net, il y a déjà meetic, mais dans la vraie vie, je vois pas trop."

Il a complètement raison : la vérité, c'est que le modèle social proposé par la boîte de nuit est complètement agonisant. Ce modèle était né, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, pour remplacer celui des "bals populaires" des villages où les jeunes pouvaient se rencontrer et danser. Dans les villes, un endroit comme la boîte de nuit permettait une formidable libération pour la jeunesse, en lui permettant notamment d'échapper à la surveillance des anciens, chargés de "chaperonner" les bals.

Ces endroits dédiés exclusivement aux jeunes devaient connaître leur apogée avec l'avènement du rock n'roll, qui portait au plus haut tous leurs messages et leurs envies de révolte.

Mais lorsque cette folie libératrice s'est tassée, après Mai 68, elles ont forcément décliné, au même rythme que l'énergie vitale de la jeunesse. Les années 80, typiquement, ont marqué le début d'un fort mouvement d'individualisme, qui s'est traduit jusque dans la musique : jusqu'ici, dans toute l'humanité, la danse était un mouvement collectif, à plusieurs ou à deux. Mais les nouveaux courants, (électroniques, techno, hard rock, hip-hop...) ont imposé le concept de danse ego-centrique, les individus dansant seuls les uns à côté des autres.

La zone d'intimité entre les deux partenaires dansants est d'environ 75 cm dans le rock, de moins de 10 cm dans un slow. Dans une boîte de nuit techno, elle est de plus d'1 mètre. Naturellement, fatalement, la productivité de ce modèle est quasi nulle.

Alors oui, les lieux de rencontre sont à réinventer complètement : le speed-dating, les quiet-parties, Meetic ou les chat-bars sont des tentatives, encore incomplètes. A nous de chercher, et de trouver notre voie.

 

Publié dans 1mec1fille

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E. 24/02/2006 21:12

C'est marrant de relire ces commentaires à la lumière de nouvelles informations...et donc est-ce que Woman a crié? :)

E. 19/01/2006 10:51

Ok je suis d'accord alors... :)

olivier 19/01/2006 09:16

Non pas. Je reste moi même mais je ne me place pas dans l'attente de l'autre.
J'agis comme j'aimerais que l'autre agisse envers moi si tu préfères.
De plus l'idée d'exiger de l'autre qu'il soit parfait envers moi sans avoir de contre partie n'est pas dans l'esprit de égalité que j'ai d'un couple.

E. 18/01/2006 17:31

"mais chercher à être celui qui est "bien" pour son partenaire du moment."=> tu veux dire t'adapter? Mais dans ces cas-là tu passes ta vie à pas être toi et c'est toujours toi qui fait les efforts, c'est une situation de soumission que tu proposes? Beuh...

olivier 18/01/2006 15:52

E., ce que tu reproches aux hommes je le reproche aux femmes. Pratiquement mot pour mot (maux pour maux d'ailleurs).
 

Pour ma part je pense qu'il ne faut pas chercher le mec bien (ou la nana bien), mais chercher à être celui qui est "bien" pour son partenaire du moment.
 

Actuellement nous sommes, dans nos pays dit occidentaux, dans un consumérisme de l'amour. Il doit être beau et parfait, puis quand il devient lassant on le jette.
 

Insérer ici les salutations d’usage pour un blog que l’on découvre et qui est intéressant.