Thème

Un homme moderne, je veux bien !
Mais en quoi ça consiste, être un homme aujourd'hui ??

Lundi 24 avril 2006 1 24 /04 /2006 12:57

On va encore me dire que je suis parano.

Mais c'est déjà la deuxième fois que je retrouve dans mon journal favori, l'Express, un article consacré à un thème que j'ai abordé dans mon blog peu avant...

Cette fois, il s'agit des artistes ; vous vous souvenez peut-être de ce post où j'essayais de vous expliquer pourquoi les artistes étaient (à mon sens) des marginaux improductifs mais subventionnés (à relire ici). Eh bien je retrouve, avec surprise, dans l'Express cette semaine un article (excellent) intitulé Les artistes sont les nouveaux aristocrates.


Etonné et ravi, je retrouve un thème un peu similaire, développé avec brio par une chercheuse du CNRS (elle-même bel exemple d'improductivité subventionnée). Evidememnt, c'est toujours frustrant de trouver dans la bouche d'un autre des phrases et des idées qu'on avait dans la tête, mais que l'on ne parvenait pas à formuler complètement.

Ceci dit, moi aussi j'aurais très bien pu mener l'enquête et écrire un livre, si on m'avait payé pour ça (c'eût été avec plaisir !) et j'aurais abouti à peu près à la même chose.


Ainsi, la chercheuse Nathalie Heinich a su mettre le doigt (avec brio, je le répète) sur plusieurs phénomènes que je trouve passionnants et tellement, tellement vrais - je cite :

 

« Artiste, cela devient une identité qui, dans les bonnes familles, permet d'accepter un certain déclin. (...) Aujourd'hui encore, si un enfant ne réussit pas sa scolarité, on espère le voir se lancer dans le cinéma ou la production. C'est toujours une façon de ne pas décliner socialement. »

Oui, et plus frappant encore, j'ai pu remarquer en fréquentant l'une des écoles d'art les plus réputées que les élèves étaient majoritairement issus de milieux très bourgeois. Ils cultivaient d'ailleurs le paradoxe sans problème : je suis un jeune artiste rebelle, mes parents sont banquiers, ils me payent un super duplex dans le VIème (seuls les duplex sont assez lumineux pour peindre)

« Le don d'artiste est inné, exactement comme l'aristocratie. «On naît artiste», dit Jules Janin. Mais, valeurs de la Révolution obligent, ce don n'est rien si on ne le cultive pas. Le modèle de l'artiste est donc un magnifique compromis entre le privilège aristocratique et le mérite bourgeois »

D'autant plus que pour être vraiment estampillé "artiste", il faut de plus en plus réaliser un parcours académique impeccable (prépas, grandes écoles, etc...). Mais il faut en plus avoir les moyens financiers pour s'assurer une vie correcte dans un secteur précaire par nature... autrement dit il vaut mieux avoir une famille riche qui assure le loyer derrière...

« A l'avant-gardisme esthétique correspond désormais un avant-gardisme socio-politique : l'artiste se doit d'être progressiste, du côté du peuple, même si, dans la réalité, ses innovations sont généralement élitistes. »

Là c'est plus discutable... Ca devient vrai si l'artiste est aspiré dans le microcosme jet-set de l'art "riche" : à ce moment-là, il devient à la fois un artiste et un placement financier (pour ses sponsors, pour les galeries, pour les critiques...) 

« Là encore, on suit le modèle de la singularité de l'artiste, fondé au XIXe siècle: il faut innover à tout prix. Mais, à l'évidence, il y a désormais un conformisme de l'anticonformisme. On l'a vu l'an dernier au Festival d'Avignon, la transgression est devenue une norme obligatoire. Se mettre nu sur scène est une sorte de standard. »

Franchement, qui est encore choqué par une bite dans une expo d'art contemporain ? Ca devient absolument banal.  
De même, les idéaux gauchistes, libertaires et alter-mondialistes sont la norme politique absolue du petit monde artistique, sa mini-pensée unique à lui.

Pourtant, un artiste sarkozyste, ça, ça serait vraiment transgressif...


Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
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Mardi 18 avril 2006 2 18 /04 /2006 13:13

Quelle ne fut pas ma surprise, après avoir exprimé ce que je pensais du porno sur mon blog, d'ouvrir l'hebdomadaire L'Express cette semaine et d'y trouver un (très bon) article sur le même thème (!), titré "Nés sous le X" :

« Films hard à la télévision, sites Internet sans contrôle... Confrontés dès l'enfance à l'univers porno, les jeunes sont initiés à une vision sinistre de la sexualité. Face à l'expansion d'une industrie qui diffuse des images toujours plus violentes, médecins et éducateurs s'inquiètent, et les autorités tentent enfin d'agir.

Denise Stagnara hésite entre la tristesse et l'indignation. Depuis 1966, la fondatrice, avec son mari, Pierre, de l'association Sésame, se rend dans les écoles et les collèges pour parler de sexualité aux enfants. «Il y a quarante ans, leur naïveté était extraordinaire», se souvient-elle en consultant les questions qu'ils lui posaient et qu'elle a notées tout au long des années: «Est-ce que les œufs des papas ont des coquilles?» (classe de cinquième). «Au bout de quels gestes la femme est-elle enceinte?» (classe de troisième). «Y a-t-il une cérémonie du passage de la graine entre les parents?» (classe de sixième).
Aujourd'hui, les questions, nettement plus hard core, la feraient presque rougir. Florilège d'une classe de CM 2 (écoliers qui ont 10 ans environ): «Que veut dire enculer?» «Combien y a-t-il de positions dans le Kama-sutra?» «Qu'est-ce qu'une bouche à pipes?» «C'est affreux, déplore la vieille dame de 88 ans. Et cela tient essentiellement aux films X.»

(par JS Stehli, L'Express du 13/04/2006)

En toute fausse modestie, je ne pense pas que mon blog ait inspiré le journaliste (quoique ce genre de chose soit déjà arrivé - d'ailleurs si j'étais journaliste, j'irais pêcher des idées de thèmes sur les blogs, je pense).
Mais cela m'amuse de voir que globalement l'article va dans le même sens que moi :
« Les ados ne connaissent souvent de la sexualité que la vision déformée et caricaturale des productions hard. Au moment de leur première relation sexuelle, certains, habitués aux corps épilés des actrices de X, sont frappés de stupeur devant le système pileux de leur copine »
 
- A moins que cela ne signifie, Milan, que tu ne sois décidément trop consensuel...


Moui, c'est possible aussi. Finalement je dis pas mal de banalités dans ce blog, et en plus mon rythme d'écriture faiblit. Je pensais avoir des milliards de trucs à dire sur les hommes (enfin... ma perception des hommes) et les relations de couple (enfin... ma perception des relations de couple)

Mais je finis par me demander si j'ai eu raison. Est-ce que je tourne en rond ? C'est ce que me dit Mme Milan quand elle est d'humeur à critiquer mon blog. "A part branler le mammouth, tu ne fais pas avancer grand-chose", dit-elle en substance.

Avancer ? Moi, mon rêve, c'était que mon blog ait le même fabuleux destin que le site de Génération précaire : une simple bouteille jetée à la mer par un individu lambda, mais qui rencontre un echo formidable parce que des gens se reconnaissent dedans.

Mais est-ce que la "masculinité" peut être une grande cause ??? Est-ce que tous les mecs se posent les mêmes questions que moi ? Ou est-ce que je suis seul à "branler le mammouth" ?

J'étais convaincu que oui : encore hier soir, j'étais avec 3 amis [célibataires] qui se désespéraient parce qu'ils n'ont pas osé aborder une fille qui leur plaisait dans le bar. Parfaite illustration de ce que je racontais dans Mais comment draguer les filles ?
A les écouter, dans leurs tristes récits de célibataires qui cherchent l'âme soeur ("tu as de la chance, toi, tu as quelqu'un qui t'attend...") je pensais à mon blog - dont je ne leur ai jamais parlé - je me disais qu'on avait besoin, tous, de réponses... toutes ces questions dans nos têtes...





Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
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Vendredi 31 mars 2006 5 31 /03 /2006 16:15

Clara est attablée face à moi, elle me pose la question d'un air inquiet. Elle m'explique qu'en faisant du rangement dans les fichiers de l'ordinateur conjugal, elle est tombée sur plusieurs videos pornos.

Je touille mon verre bêtement. Je cherche à gagner du temps, car je ne sais pas quoi lui répondre. Elle est visblement troublée, dans son regard je sens de la colère et de l'incompréhension.


Tous les mêmes

Est-ce à moi de lui expliquer l'évidence ? Tous les mecs regardent ou ont regardé du porno. Seules les doses et la fréquence diffèrent, selon l'âge et la situation de couple, je suppose. Son mec ne fait pas exception juste parce que c'est son mec à elle.

 
Bien sûr, je peux comprendre que cela la dérange... Mais qu'est-ce que j'y peux ? Les psys et les sexologues ont une explication pour ça : les hommes auraient une imagination sexuelle et des fantasmes largement basés sur l'image, sur la représentation visuelle du sexe. Ils ont besoin de voir, quoi.

Les filles, je ne peux que vous conseiller de le prendre avec philosophie.  "Pour l'homme, regarder des images excitantes est un autre monde qui n'influence pas, ne pollue pas sa relation de couple"  selon la sexologue Catherine Solano. Elle l'explique en détail dans :

Me trahit-il en regardant des photos pornographiques ?
Mon ami regarde-t-il des films pornographiques parce que je ne suis pas assez sexy ?

 
Adolescence
 
Le porno entre dans la vie des garçons de façon presque automatique, avec la puberté. Quand est-ce que j'en ai vu pour la première fois ? 12 ans, 13 ans, à peu près. Il y avait d'abord les films soft sur la Cinq et M6, puis Canal + dont le cryptage, à l'époque, n'était pas très crypté. De toute façon il y a vite eu un magnétoscope, tant mieux, sinon j'étais fatigué le lendemain à l'école.

Ces films m'ont bel et bien apporté quelque chose : c'était bien les seuls où je pouvais savoir comment était fait un sexe féminin ! Les seuls à aborder la question du sexe sous un angle "pratique" et sans pudeur (c'est le moins qu'on puisse dire...) Sans ça, il aurait fallu improviser et apprendre sur le tas (pas de mauvais jeu de mots) le jour du Dépucelage... L'angoisse, à 14 ans ! Le porno était la meilleure réponse, à ce moment-là, à mes questions existentielles de jeune vierge.


L'ère industrielle 

Une chose est sûre : l'explosion du porno est récente, elle date des années 70 à peu près, et cette branche atteint peu à peu un stade industriel développé. Il y a d'abord eu l'apparition du magnétoscope, qui a permis le formidable boom du commerce de videos porno.

 

Mais le grand tournant, au milieu des années 80, a été la révolution Canal + : la première chaîne payante avait besoin de nouveautés radicales pour réussir son lancement : place donc à des exclusivités cinéma, à des dizaines de matches de foot... et au fameux film porno le premier samedi du mois !

 

 

Ca paraît banal aujourd'hui, mais à l'époque, ça a fait scandale... Pour la première fois, du porno hard passait à la TV, chez soi... accessible à tous ! Je peux vous dire que ça a été la fiesta chez les adolescents, parce que croyez-moi, ils en ont profité !! La combinaison fatale magnétoscope + décodeur dans une famille, c'était l'assurance que votre petit garçon allait se gaver de films de cul et en faire profiter tous les copains d'école. D'autant plus qu'il était souvent le seul de la maison à savoir programmer un enregistrement différé...


 

 

 

En même temps, il s'est produit un phénomène assez bizarre : en devenant un produit de "grande consommation", le porno s'est discipliné. Canal + a vite imposé à ses fournisseurs un code de conduite assez strict sur le contenu. Des bites et des chattes, OK, mais avec des standards de qualité : peaux roses, acteurs et actrices jeunes et en bonne santé, seins en silicone 90D et érections de 25 cm minimum. On se serait cru dans une ferme d'élevage.

Le porno devenait un spectacle standardisé comme un MacDo. Aujourd'hui, ça s'apparente beaucoup au patinage artistique, je trouve : même dégaine faussement apprêtée, même sourire stupide dans l'effort, les acteurs et actrices suent le long de leur programme imposé : d'abord la pipe, puis un cunnilingus quand le scénario le permet, ensuite la pénétration vaginale, puis on passe en levrette, avant d'enchaîner sur la sodomie devenue passage obligatoire, et on finit par une éjaculation faciale. Ouf ! la boucle est bouclée, bravo, les artistes se retirent essouflés en saluant, quelle belle performance, n'est-ce pas Nelson Montfort ?

Le parcours est bien balisé, il n'y a pas de surprises.

 

 

 



Deuxième phénomène, mais ça c'était fatal : avec le passage à l'industrie de masse, les actrices de porno allaient devenir des stars médiatiques. La Cicciolina se permettait de faire campagne électorale en Italie, et Tabatha Cash de diffuser sa grande science de la vie sur les ondes de Skyrock.

Aujourd'hui, Clara Morgane est une star, une véritable licence commerciale. Si son nom ne vous dit rien, désolé, vous êtes à la masse. Avec son air de jeune fille comme il faut au regard coquin, son passé (à 25 ans) de star du porno, ses acrivités lui rapporteraient environ 25 000 euros mensuels, estime le journaliste de Libération Emmanuel Poncet, qui retrace son parcours :


L'univers du X ne l'impressionne pas. «Je m'attendais à voir des tarés, des obsédés, des drogués. Ce sont juste des gens normaux qui vivent du sexe.» Sa beauté nature et son sens de la repartie lui ouvrent rapidement les plateaux télévision. Christophe Dechavanne la lance. Bientôt suivi par Ardisson, Courbet, Fogiel et même Drucker. Succès fulgurant : «Je suis passée du statut d'étudiante en BTS qui mendie des stages à PDG de ma propre boîte

 

 



Mais ce qui me pose problème, moi, ce ne sont pas les gros revenus des uns ou des autres. C'est l'image qu'on propose aux jeunes ados, une image "MacDo" de la sexualité, gavée de clichés bêtes :

- une bite doit faire 30 cm
- un mec doit bourriner pendant 1 heure minimum 
-
la fille doit crier sur deux octaves
- il faut ejaculer sur la tronche des filles pour boucler le rapport
- les filles aiment les partouzes
etc, etc...

 

A vrai dire, je ne sais pas exactement ce que les jeunes de 12-15 ans pensent du porno, quelles traces ça leur laisse, à quel point cela les influence vraiment.

Une chose est sûre : le porno est totalement déconnecté de ce qu'ils vont vivre avec leur copine, et ils risquent de se perdre dans cette imagerie avant de trouver vraiment la voie de leur sexualité. Parce que c'est compliqué, une sexualité d'homme, très compliqué. Avant d'être bien et de se faire plaisir, il faut apprendre se libérer toutes les bêtises qu'on croyait essentielles : est-ce que j'ai une grosse bite, combien de temps je tiens, est-ce que je suis performant...

De ce point de vue, le porno est une très mauvaise chose. Mais qu'ont-ils d'autre pour apprendre ?? Qu'est-ce que les adultes leur proposent ?

 

 

 

Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
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Mardi 28 mars 2006 2 28 /03 /2006 18:46

Je suis un homme : banale évidence.

J'ai une bite. Un pénis, si vous préférez. C'est bête et banal. Moi, je ne le vois même plus. Je le connais par coeur, avec ses qualités, ses défauts, ses moments de forme et ses passages de faiblesse. Comme je connais l'état de mes chevilles pour le sport, quoi. C'est un organe, mon organe, il est bien sympathique mais ça reste un instrument.  

Ca ne suffit pas à faire de moi un homme.


Mais alors quoi ?

Mon rôle dans le couple ? Mais justement, quel est-il ? Je partage avec ma dulcinée les grandes décisions, les problèmes, les courses, les tâches ménagères (tu pourrais ranger un peu tes strings d'ailleurs ?) Ce n'est pas moi qui rapporte les revenus du couple, même si mon salaire est légèrement supérieur.

Je vis dans une stricte égalité de couple, dans une bonne démocratie moderne, c'est-à-dire : stable et consensuelle. C'est joli, c'est équitable et gentillet. Je suis un homme, dans les années 2000, en somme ; impossible de trouver au sein de ma génération une femme qui serait entièrement dépendante de moi, de l'homme du couple. Et de toute façon, même si ça existait, je n'en voudrais pas ! Je suis moderne malgré moi, et je ne supporterais pas cette situation rétrograde de dépendance. Oh, je sais que si j'étais né une ou deux générations avant, j'aurais adopté ce fonctionnement sans problème. Mais le retour en arrière n'est plus possible, maintenant.

Ce n'est donc pas ça qui me définit en tant qu'homme. Je suis juste une moitié de couple, un associé. A la limite, je pourrais tout aussi bien être une femme, ça ne changerait rien.


Le travail ? Le travail n'est plus, depuis longtemps, une prérogative masculine, même à haut niveau. J'y côtoie autant de femmes que d'hommes ; certaines ont des responsabilités, des postes élevés, des gros salaires. Elles ont de l'autorité, cette forme d'autorité si particulière, un peu maternisante, qu'ont les femmes. Une situation sociale ne te rend pas plus homme.

D'ailleurs, qui de ma femme ou de moi prendra le congé parental ? La question est ouverte pour ma génération, elle ne l'avait jamais été auparavant. Pourquoi je le prendrais pas, moi ? Je suis plus patient :) et j'en profiterais pour écrire...


La violence ? Avant, oui, l'usage de la violence était quelque chose de typiquement masculin. Toutes les générations d'hommes qui m'ont précédé ont dû affronter la terrible épreuve de la guerre : l'Algérie pour mon père, l'occupation nazie pour mon grand-père, les tranchées de 14-18 pour mon arrière grand-père...
Tous ont connu ces périodes où être un homme, c'est prendre un fusil pour tuer et défendre.

Mais moi, non ; je vis dans une société en paix, tertiarisée, aseptisée. Les seuls rapports tolérés sont ceux de courtoisie. Dans les grandes entreprises, dans l'univers des cadres et des bureaux open space, la politesse est obligatoire et imposée, et même quand les gens se haïssent, ils se le disent avec moultes circonvolutions d'usage. Personne ne peut se permettre d'être agressif ici ; nous sommes entre gens bien élevés...


Non, honnêtement, je ne sais pas ce qui constitue un homme aujourd'hui ; je peux le définir en creux, par défaut, par opposition à ce qu'est une femme et qui me paraît plus clair. Un homme, c'est tout ce que n'est pas une femme. Une définition floue... l'ex- "sexe fort" est devenu bien fragile...

 

Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
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Jeudi 16 mars 2006 4 16 /03 /2006 18:00

Vous avez beaucoup réagi à ma phrase, la dernière fois, qui disait que les artistes sont des "improductifs subventionnés". Ca m'est venu tout naturellement... n'allez pas en déduire que je prône l'euthanasie des artistes ! Par contre, les foutre de force dans des camps de travail pourrait être une voie à explorer.....


Par "improductifs", je voulais dire "qui se situe en dehors de la sphère de production". Par définition, et les artistes le revendiquent eux-mêmes, ils sont le moins possible insérés dans la société de production / consommation. Leur but est justement de "sortir du monde" pour proposer une autre vision de la vie et de l'humain.

Ils n'ont donc pas du tout l'intention de participer à la production commune et de contribuer au confort matériel de la société ; logique, quand même, pour des gens qui ne sont pas matérialistes.

 

Par "subventionnés" je voulais rappeler que ces gens-là, comme les autres, il faut bien qu'ils bouffent. Il faut bien que quelqu'un, quelque part, leur verse une rémunération. Or pour cela, il n'existe que deux possibilités :

- soit l'artiste se soumet aux règles du marché et tente de vendre son art, comme un produit, dans des conditions de concurrence. C'est le cas notamment des chanteurs

 

- soit l'artiste bénéficie, sous une forme ou sous une autre, de subventions (du Ministère de la culture, de fondations, de commandes publiques, etc...). Autrement dit, une fraction de l'argent public est consacrée à faire vivre une frange de population refusant délibérément de produire. A faire vivre des artistes qui autrement disaparaîtraient, faute de moyens. Exemple-type : le cinéma d'auteur à la française. 

 

Et là, moi je me pose forcément la question : si ce n'est pas le public qui choisit les oeuvres et les artistes, alors ce choix ne devient-il pas forcément arbitraire, dictatorial ?  

 

L'avantage du fonctionnement marchand, c'est que chaque produit est directement confronté à son utilité : si quelqu'un en a besoin, en veut, alors son producteur pourra continuer. Si personne n'en veut, alors il disparaît forcément. 

 

Mais dans le petit monde de l'art, ce n'est pas le cas, car tout est faussé : les choix se font de façon complètement opaque, à l'intérieur de l'establishment artistique, et ceci sur les fonds publics.

Qui juge ? Qui ?

Qui décide que l'art, c'est un concert de John Cage, qui en 1952 en posait ses mains sur un clavier de piano pour 4,33 minutes de silence ? Qui décide que cela vaut d'être subventionné, et que les peintures abstractionnistes faites de merdes de chien réalisées par mon voisin Robert seront oubliées ?

Ce sont des commissions, des directoires de musée, des conservateurs, qui font en réalité la même chose sur l'art que les financiers de Wall Street : ils achètent, ils revendent, ils spéculent. Mais sur des fonds publics.

 

Exemple : le Ministère de la Culture dépense environ 5 millions d'euros par an pour entretenir la Villa Médicis, résidence de luxe à Rome, et y entretenir grassement pendant 6 mois à deux ans des artistes triés sur le volet par une commission toute-puissante. Aucun travail n'est exigé des artistes résidents (à par un rapport de stage de 2 à 10 pages), qui perçoivent en plus du gîte et du couvert des rémunérations d'environ 2000 à 4000 euros par mois... 

Si ce n'est pas être un improductif subventionné, ça ! 

 

 

J'ai l'impression que le monde de l'art est totalement parti en couille, avec tout en haut une sorte de cénacle, de microcosme jet-set où l'art n'est destiné qu'à impressionner la poignée de critiques influents des grands magazines - eux-mêmes ne pensant qu'à justifier leur présence par des dissertations jésuitiques sur l'hyperbolique abstraction du néo-abstractionnisme, avant d'aller se faire un rail de coke et une partouze.

Et en bas de l'échelle, toute une tripotée de paumés qui vivotent en espérant un jour être reconnus par le microcosme et acceptés, comme Basquiat. Une fois dedans, ils pourront cracher dans la soupe ; mais tant qu'ils crèvent la misère, tout le monde s'en fout.

Comme l'écrivait si bien Nathalie Heinrich, le monde de l'art moderne est surtout caractérisé par la "fuite en avant des artistes condamnés à la transgression perpétuelle au nom de la subversion artistique, démission des institutions se refusant à jouer leur rôle au nom de l'ouverture à la modernité, désarroi des amateurs d'art ne sachant plus quoi ni comment admirer, révolte impuissante des citoyens démunis des critères au nom desquels la collectivité agit en leur nom." 

 

Je n'ai pas grand-chose à ajouter... j'aimerais que le microcosme cesse de choisir ce qui est art (et ce qui ne l'est pas), et que les "spectaculaires imposteurs" cessent de prospérer. On peut toujours rêver...

 

 

Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
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Vendredi 3 mars 2006 5 03 /03 /2006 17:27

Au tout début, un "mannequin" c'était une pièce de bois un peu sculptée, sans tête, destinée à exposer des vêtements à vendre sur les foires et les marchés.

De nos jours, les mannequins sont partout, dans les magazines même les plus sérieux, à la TV, dans le metro, dans mon bus, sur mon paquet de céréales, j'en vois des centaines par jour ! Mais dans le fond les fonctionnalités n'ont pas tellement changé : ça sert toujours à vendre des objets, et il n'y a toujours pas de tête.

Voilà un métier étrange, mené par une drôle de caste... Ces femmes (et quelques hommes) à peine plus jeunes que moi, sont tout simplement payés pour être beaux

Autant dire qu'ils ne font rien, quoi. C'est ça, leur job ? Ils perçoivent une rente parce qu'ils sont nés avec un visage et un corps pile dans l'esthétique de l'époque ? Je ne parviens pas à comprendre pourquoi la société décide ainsi de sélectionner quelques-uns de ses éléments et de les placer dans une situation privilégiée juste pour leur physique... quel genre de rite est-ce là ?


L'offre, la demande, tout ça

D'un point de vue économique, c'est une franche aberration :

Tout système tend à rémunérer en premier lieu les individus qui composent sa sphère productive : agriculture, industrie de base, énergie... des besoins les plus basiques de la société jusqu'aux plus évolués, chaque secteur trouve sa place avec un potentiel de profit plus ou moins élevé, selon les jeux du marché et de la politique.

A l'extérieur de la sphère, juste à la frange de la société, on trouve les "improductifs subventionnés" : ils n'apportent aucune contribution à la marche de la société ou à son confort matériel, et ne sont pas obligés d'être utiles pour pouvoir manger : la sphère productive leur reverse une partie de ses profits pour leur permettre de continuer à exister. On trouve dans cette frange les handicapés mentaux et les artistes.

Les top-models, eux, sont entièrement dans la sphère économique et sont soumis aux lois du business, mais en réalité, ils sont totalement inutiles ! Ce sont des improductifs cachés à l'intérieur du système !!

J'ai posé la question récemment à une amie, chef de produit pour une grande marque de cosmétiques, qui m'a raconté :

" Le monde des top-models, c'est n'importe quoi ! Quand je veux 'shooter' un parfum pour lancer une campagne, je suis obligé de dépenser des centaines de milliers d'euros juste pour 3 photos d'une nana qu'on va de toute façon retoucher complètement sur Photoshop.

Le photographe gagne une fortune pour quelques clichés, il s'entoure de dizaines d'assistantes et d'une coach artistique personnelle, il y a même des 'maquilleuses ongles' à 500 euros la journée !!

Bien sûr qu'on pourrait se passer de tout ce cirque, mais c'est sacré, comme une tradition religieuse, et aucune grande marque ne voudrait prendre le risque de se fâcher avec le microcosme de la mode. "


Dommages collatéraux

Que le microcosme des mannequins vive, comme une colonie de parasites, sur le dos des fabricants et des consommateurs, à la limite, ça pourrait être admissible.


Le gros problème, pour moi vient du fait que cette mini-industrie, cette colonie, a des effets néfastes sur le reste de notre écosystème :

1) Elle dévaste les mannequins elles-mêmes, des filles de plus en plus jeunes et de plus en plus fragiles. Un mannequin qui tente de faire carrière aujourd'hui est repérée dès 14-16 ans, souvent même avant. Devant les rêves de gloire, d'argent, de reconnaissance, ces filles et leurs familles sont souvent prêtes à sacrifier leur vie.

Vivian Diller et Jill Muir-Sukenick, deux psychologues qui se sont penchées sur les problèmes liés à cette industrie (étant elles-mêmes passées par là), l'ont bien décrit : les jeunes modèles sont aspirées par ce monde avant l'âge adulte, et cette vie hors du réel "gèle" leur maturité.

Pour ces adolescentes séparées de leur famille, l'agence de mannequins devient le vrai parent, et les filles développent un lien très fort sans voir qu'il doit s'agir d'une relation purement commerciale. De leur côté, les agences isolent et maternent leurs modèles... jusqu'à ce qu'elles rapportent moins d'argent.


2) Elle pollue la vie de toutes les femmes normales, qui lisent leurs magazines et culpabilisent en permanence de ne pas ressembler aux sacs d'os de 16 ans qu'on leur propose (impose ?) comme modèles. Modèles qui n'existent même pas d'ailleurs, puisque créés par ordinateur.

La dynamique du désir est terrible : quand nous regardons ces photos, nous les prenons pour réelles, et nous comparons inconsciemment avec notre propre image de nous. La perfection retouchée sur papier glacé, dans un décor de rêve, ne peut avoir qu'un seul effet : la lectrice se sent en infériorité, narcissiquement blessée, et va donc tout faire pour améliorer son image et la pousser vers cet idéal. Impossible à atteindre. D'où la souffrance quotidienne de toutes les femmes qui luttent pour perdre du poids, perdre des rides, perdre des fesses, etc...

 

Bien sûr, c'est positif d'être en forme et de se faire belle. Mais quand ça vire à la culpabilité permanente... Vous vous souvenez de ce passage dans Bridget Jones où elle réalise soudain qu'on se nourrit, au fond, pour vivre ? parce qu'à force de régimes, de luttes, d'envies, de craquages, la bouffe était devenue pour elle une telle phobie permanente (combien de calories) qu'elle en avait oublié pourquoi on mangeait...


Un jour peut-être
Je ne pense pas que l'exploitation de la beauté et du sexe pour vendre des produits va cesser bientôt. Aucun espoir, au contraire. Je sais que même pour me vendre une éponge à vaisselle on me présentera des jeunes femmes canon court vêtues dans des poses quasiment pornographiques. On s'y fait, ça devient banal.

Alors tout ce que je souhaite, c'est que dans le futur les top-models seront devenus entièrement virtuels... des créatures informatiques imaginaires. J'espère que tout ce petit microcosme parasitaire du fashion business mourra lentement de faim, comme une espèce en voie de disparition.

Qu'on ne verra plus de jeunes filles de 14 ans devenues anorexiques pour espérer "faire carrière". Qu'il n'y aura plus de "découvreuses de talents de 12 ans" rapaces qui arpenteront les rues des villes de l'Est. Que ce drôle de "métier", qui consiste à s'allonger devant un appareil photo, disparaîtra dans les oubliettes de l'Histoire.

 

 

Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
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Mercredi 1 mars 2006 3 01 /03 /2006 18:57

" Les hommes qui poursuivent une multitude de femmes peuvent aisément se répartir en deux catégories. Les uns cherchent chez toutes les femmes leur propre rêve, leur idée subjective de la femme. Les autres sont mus par le désir de s’emparer de l’infinie diversité du monde féminin objectif.

L’obsession des premiers est une obsession romantique: ce qu’ils cherchent chez les femmes, c’est eux-mêmes, c’est leur idéal, et ils sont toujours et continuellement déçus parce que l’idéal, comme nous le savons, c’est qu’il n’est jamais possible de le trouver. Comme la déception qui les pousse de femme en femme donne à leur inconstance une sorte d’excuse mélodramatique, bien des dames sentimentales trouvent émouvante leur opiniâtre polygamie.

L’autre obsession est une obsession libertine, et les femmes n’y voient rien d’émouvant: du fait que l’homme ne projette pas sur les femmes un idéal subjectif, tout l’intéresse et rien ne peut le décevoir. Et précisément cette inaptitude à la déception a en soi quelque chose de scandaleux.

Aux yeux du monde, l’obsession du baiseur libertin est sans rémission (parce qu’elle n’est pas rachetée par la déception). "

 

M. Kundera (L'insoutenable légèreté de l'être)

 

Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
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Lundi 27 février 2006 1 27 /02 /2006 19:03

" Comment chuis trop contente d'avoir le César, la vie d'ma mère ! "

Voilà à quoi ressemble une cérémonie des Césars  quand on récompense Sara Forestier. Et ce genre de scène risque de se répéter souvent, car on dirait que le noble monde des zââârts a décidé de s'extasier devant cette petite rebelle forte en gueule, qui tchatche comme une zyva même si elle a fait son éducation dans le privé.

Pourquoi Sara Forestier est-elle une star, alors qu'elle est comme n'importe quelle pouffiasse de lycéenne ? Vulgaire, inculte, fière d'elle, elle est bien le produit de la génération Star Academy : t'es jeune + t'es con + tu passes à la télé = t'es une vedette.

Les Américains avaient Paris Hilton, il fallait bien qu'on se trouve une pouffe-emblème nationale, nous aussi.


Comment jt'esquive

Qualifié de "révélation" par les critiques et le monde des zââârts, le film "L'Esquive" caressait la banlieue dans le sens du poil, très politiquement correct. Le scénario ne me paraissait pas mauvais, mais la réalisation... un tas d'ados survoltés qui gueulent "zyva - zarma - woullah", parlent de manière incompréhensible, jusqu'à la caricature, qui s'embrouillent en bas de la cité... Mais bon, ouf, ils font du théâtre alors ça va, c'est forcément culturel.

Les critiques ont adoré, évidemment. Des jeunes de banlieue qui jouent une pièce classique, c'est fôôôrmidable, tu penses bien ! Ca me rappelle la satisfaction béate des barbus du théâtre municipal de ma ville : tous ces soixante-huitards idéalistes subissaient le bordel dans la salle, les chewing-gums crachés sur les sièges, les blagues débiles criées pendant la pièce et les bagarres avec abnégation, en se disant "ah, comme nous sommes bons d'avoir apporté un peu de culture à ces sauvageons".



Two pouffiasses meet

Forcément, ça devait arriver : Sara Forestier décroche un autre rôle. Quand je vois l'affiche, ma mâchoire se décroche : "Hell"... oui, "Hell" de Lolita Pille (cette poufiasse de)

Car Lolita Pille, figurez-vous, c'est la Sara Forestier de la littérature : à 18 ans, cette petite bourge prétentieuse moulée dans le XVIème sort un roman, et pam ! c'est le succès immédiat et stratosphérique. Même veine : je suis une petite pétasse, je le revendique et je vous emmerde tous, bande d'abrutis. Son roman, tu le lis, tu as envie de lui mettre une claque.


Extrait de son site web officiel :
" Avec son premier roman, Hell, paru en 2002, Lolita Pille avait séduit ou agacé (ou les deux). Mais beaucoup avaient dignement salué la rage et le talent qui se dégageaient de l’ouvrage. Dans la lignée de Bret Easton Ellis, Lolita Pille y déplorait le gouffre de la société friquée qui avait fait d’elle un monstre, vêtu de marques de la tête aux pieds et en proie à un terrible vide intérieur. "

" Terrible vide intérieur ", pauv' choupinette... je comprends ta peine, car tu es bien loin de Bret Easton Ellis, et même de Frédéric Beigbeder, d'ailleurs. Bon, c'est compréhensible, tu es encore jeune (Bac en 2001 au rattrapage) et tu as écrit ton roman "en 6 mois" quand tu as "décidé de te mettre à l'écriture" après avoir lu 99 francs, ce qui franchement n'est pas très original.

 

Certes, toi tu as sorti deux romans, moi je végète dans un blog et je ne serai peut-être jamais publié de ma vie. Tu as la supériorité que donne le succès et la médiatisation. Pareil pour Sara Forestier. Mais je ne m'inclinerai pas devant une petite pétasse, désolé.

Qu'est-ce que je pourrais dire, en conclusion ? Je ne vous conseille pas d'aller voir ce film...

 

Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
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Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /2006 18:00

Scène ordinaire en banlieue : une dizaine de mecs jouent sur un terrain de foot. Deux racailles arrivent, et s'incrustent pour jouer (pas poliment). Au bout de quelques minutes, ils commencent à provoquer, à insulter des joueurs, à vouloir se battre. Un mec se décide à leur dire "c'est bon, calmez-vous, maintenant" - ca va donc tomber sur lui, il se prend un coup de tête, tombe au sol et se prend un coup de pied dans le visage.

Les deux racailles quittent le terrain, plutôt fiers d'eux ("j'lui ai défoncé sa race"). Les 10 mecs "normaux" n'ont pas bougé, sauf pour amener ensuite le blessé à l'hôpital.

 

Oui, une scène ordinaire en banlieue...

Non écrite, la loi des racailles repose sur l'intimidation : on va choper une victime, et si c'est pas toi, t'as intérêt à fermer ta gueule, et tu passeras peut-être à travers. A force de prendre les transports en commun, j'ai pris l'habitude de ces chroniques de la lâcheté ordinaire : quand tu te fais agresser dans le metro et que personne ne bouge un doigt, quand une fille se fait draguer par un lascar collant, menaçant et que personne ne vient l'aider, ou même quand une bande de petits connards de 14 ans met sa sono rap trop fort et que tout le monde s'écrase...

 

Emeutes

 

J'ai le sentiment que depuis les émeutes de cet hiver, les racailles marchent dans la rue avec encore plus d'assurance : "on vous a montré de quoi on est capables, maintenant ; vous pouvez flipper, parce que bientôt on va prendre le pouvoir".

Ils en sont bien conscients, et les citoyens aussi : la prochaine fois que la rage générale explosera (suite à un meurtre, une bavure policière, un contrôle qui tourne mal...) les racailles ne se contenteront pas de brûler le bas de leur immeuble, ils iront ravager les pavillons, les quartiers bourgeois, l'intérieur de Paris et tous ces endroits où les bons citoyens se sentent en sécurité, loin des ghettos.

 

C'est devenu facile, dans ce climat, de jouer la racaille. Il suffit de mettre le déguisement consacré (baskets, casquette ridicule, jogging Lacoste et démarche de pingouin) de faire son regard de méchant, et de traîner avec quelques potes ; cela suffit à être craint des braves gens, à se faire respecter pour pas cher.

 

L'exemple qui m'a le plus frappé : un jour dans le RER, je vois tout le monde se tasser à l'arrière du wagon parce qu'à l'avant, un groupe de jeunes bruyants et irrespectueux entourent un gros pitbull à l'air menaçant. Ca sent un peu la gêne et la peur dans le wagon.

Pour sortir, il faut passer au milieu de la bande, c'est déjà une petite épreuve de force. Et soudain, au milieu de ces racailles, je reconnais un élève de 16 ans à qui je donne des cours particuliers de maths (!)

Encore jeune, il est deja assez costaud, mais je le connais bien : il est issu d'une bonne famille bourgeoise, d'origine algérienne, et à la maison il ne dit pas un mot de travers à sa mère, qui l'élève avec autorité. Un petit bourgeois de pavillon, déguisé en grosse racaille à pitbull !!

 

Racisme inversé

 

Oui, l'image de la racaille est bien pratique, il suffit de l'emprunter pour faire peur. Et à ce petit jeu-là, question de crédibilité, il vaut mieux ne pas avoir une tête de Blanc.

En quelques décennies, le racisme anti-Blancs s'est développé et à pris une ampleur inquiétante, parce qu'il est plus diffus et plus subtil que le racisme "classique", envers les minorités (arabes ou africaines le plus souvent). Pourquoi ? Parce que les politiques, les journalistes, les intellectuels de gauche ne sont pas confrontés à cette haine banalisée, étant bien à l'abri dans les quartiers chics, où la densité policière est bien supérieure à la moyenne. Parce qu'on méprise facilement cette "France d'en bas", en la caricaturant comme une assemblée de Bidochons xénophobes. Mais moi, pour être né et avoir grandi en banlieue, je n'accepte pas les discours-clichés-bien-pensants, qu'ils soient de droite ou de gauche, des gens qui n'y ont jamais mis les pieds.

 

Dans les cours de récré, l'image du petit Blanc trop bourgeois, trop faible et tout seul, victime toute désignée pour le racket, a pris une telle dimension que Jamel Debbouze en avait fait un sketch nauséabond, et qui avait pourtant beaucoup fait rire ("hé Gregory viens un peu par ici, vazy t'inquiète pas j'vais pas te frapper"). Une image à laquelle les jeunes font tout pour échapper : combien de fois ai-je vu des petits Français ou même Asiatiques parler à moitié arabe avec l'accent racaille ??

 

Ce sont des scènes ordinaires en banlieue : racisme généralisé, lâcheté, stupidité, violence gratuite. Chroniques de la vie quotidienne.

 

j'aimerais voir brûler Panam au napalm sous les flammes façon Vietnam
tandis que ceux de ton espèce galopent (...)
J'ai envie de dégainer sur des f.a.c.e.s. d.e. c.r.a.i.e
(Ministere Amer)

Et sur mon palier, ça sent que l'maffé, le couscous ou l'tiep
En tout cas pas l'porc ou bien l'cassoulet
Comme chez les gens chez qui jvais cagoulé...
(Lunatic)

Quand le maquereau prend le micro, c'est pour niquer la France
Guerre raciale, guerre fatale oeil pour oeil dent pour dent
(Smala)

Les keufs sont lynchés, enfin, ça soulage,
Faut que Paris crame
Ce soir à mort Le Pen, On redémarre la guillotine, pire qu'à Djibouti
Poitiers brûle et cette fois-ci, pas de Charles Martel
On vous élimine, puisque que c'est trop tard
La France pète, J'espère que t'as capté le concept
(Salif)

 photos : Associated Press

 

 

Liens :
Le manifeste de Bruno Gheerbrant
Gaston Kelman interviewé par L'Internaute
L'émission Arrêts sur Images (La Cinquième)
Controverse autour de l'appel de Kouchner et Finkielkraut

 

Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
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Mercredi 15 février 2006 3 15 /02 /2006 18:34

Ce soir, je retrouve mes potes pour ZE grand classique de la soirée entre potes : le canapé, les pizzas, les bières dans le frigo et tous sur la X-box !!

 

Le bonheur, en somme...

Vu de l'extérieur, ça peut paraître gras et beauf. Quelques commentaires de filles : "on dirait une bande de mongoliens devant votre TV"... "des ados asociaux de 25-30 ans, voilà ce que vous êtes"... "je ne vois pas où est le plaisir de manipuler des petits bonhommes sur une pelouse verte"... etc...

 

Et pourtant, et pourtant, même si les plaisanteries grasses fusent, même si en façade c'est un peu superficiel, il y a bien quelque chose de profond et de sincère dans cette forme d'amitié.

 

C'est une amitié sans confidences secrètes, sans détails sur nos vies intimes, sans débordements de sentiments... Jamais on a parlé de nos problèmes dans ces soirées. Même si l'un d'entre nous était dépressif un soir, je pense qu'il l'aurait passé sous silence. Pas par peur ; mais pour justement être avec ses amis sans avoir à parler...

C'est étrange comme les mecs peuvent éviter de parler de leurs sentiments. Certains de mes amis, j'ai l'impression de connaître tellement peu de leur intimité ! - c'est autre chose qui nous soude. Une sorte de solidarité dont la règle n'est jamais énoncée : "quelle que soit ta déprime, tu auras toujours ta part de pizza près de la Xbox sans avoir à parler"

 

Parce que les mecs, c'est souvent comme ça : les problèmes, ça ne se partage pas (ça fait souvent grincer des dents la petite amie, d'ailleurs). Les difficultés, ça se gère seul, c'est ça qui fait qu'on est un homme. On n'expose pas sa vulnérabilité. Les amis, ça ne sert pas d'épaule-appui pour pleurer, mais plutôt à se ressourcer : auprès d'eux tu n'as pas à en parler, tu peux donc laisser les problèmes à la porte et recharger tes batteries. Reprendre des forces.

 

Une "amitié de vestiaires", m'a-t-on dit un jour. Je n'ai jamais su si elle disait ça dans un sens péjoratif ou pas ; mais pour moi, les vestiaires des hommes, c'est là où l'on se prépare le mieux à la vie.

Par Milan - Publié dans : 1mec1fille
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